15 h – Élie, Oratorio de Mendelssohn
| 26 avril 2026 | |
| 15 h 00 min | |
| Montreal, Canada | |
| Église Saint-Esprit de Rosemont, 2851 rue Masson, H1Y 1X1 | |
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Julien Patenaude, direction
Rosalie Asselin, piano
Jacqueline Woodley, soprano
Noëlla Huet, mezzo-soprano
Benoit Le Blanc, baryton
Jean-Frédéric Olivier, ténor
Conseil d’administration
Yannig Thomas, président
Valérie Dostaler, trésorière
Marie Julien, vice-présidente et secrétaire
Dominique Lauzon, administratrice
Conception et Illustration de l’affiche: Dominique Lauzon,
Programme musical: Élie (Extraits)
de Félix Mendelssohn (1809-1847)
Oratorio d’après les textes de l’Ancien Testament pour solistes, chœur et orchestre, Op. 70, MWVA 25
Version et adaptation en français pour solistes, chœur et piano de Maurice Bourges (1855)
Partie 1
Introduction : « Dieu qui m’envoie à toi »
Ouverture
No 1.Le peuple (chœur): « Ô Dieu, D’Israël, vois la souffrance »
No 2.Le peuple (chœur) et deux femmes (soprano et contralto): « Grâce, Seigneur, entends-moi! »
No 5.Le peuple (chœur): « Dieu reste sourd à nos cris, il nous délaisse »
No 7.Double quatuor des anges (chœur): « Va, pars et sois sans crainte »
No 8.La veuve et Élie : récitatif, air et duo (soprano et baryton): « Ah! Que ta voix pour la veuve intercède » et « Femme, Dieu seul peut tout »
No 9.Élie et la veuve (chœur): « Heureux, qui toujours l’aime »
No 11.Les prêtres de Baal (chœur): « Ô puissant Baal, viens confondre un Dieu rival »
No 12.Élie : récitatif (baryton) : « Criez encore plus haut et plus fort » et Les prêtres de Baal (chœur): « Ô puissant Baal, entends nous »
No 13.Élie : récitatif (baryton) : « Criez encore, il reste sourd! » et Les prêtres de Baal (chœur): « Baal, réponds-nous »
No 14.Élie : récitatif et air (baryton): « Ô Dieu d’Israël, seul grand, seul Éternel »
No 15.Quatuor des anges (chœur): « Cœurs blessés, offrez vos douleurs »
No 18.Élie : arioso (alto): « Maudit soit l’infidèle»
No 20.Le peuple (chœur): « Gloire au Seigneur, suprême consolateur »
—– Entracte —-
Partie 2
No 21.Le peuple : aria (soprano): « Écoute, Israël, l’ordre que Dieu donne! »
No 22.Le peuple (chœur): « Le seigneur dit : ne tremble pas »
No 24.Le peuple (chœur): « Mort à lui, qu’il expie »
No 26.Élie : aria (baryton): « Ah, c’en est fait, Seigneur »
No 27.Un ange : récitatif (ténor)): « Voyez, il dort »
No 28.Trio des anges (chœur) : « Tourne-toi vers les hauts lieux »
No 29.Trois anges (chœur): « Dieu te protège, dors en paix »
No 32.Un ange (chœur): « L’âme forte que rien n’abat est bénie »
No 33.Élie : récitatif (baryton):« Ô Dieu, dissipe pour moi la nuit profonde »
No 34.Un ange (chœur) : « Et sur son passage, l’ouragan souffla »
No 37.Élie : arioso (baryton): « Les montagnes chancelleront »
No 38.Chœur: « Il a brillé, cet homme cher au ciel, comme un phare »
No 40.Élie : récitatif (soprano): « Il vient ce prophète qu’Israël regrette »
No 41.Chœur: « Or, tandis qu’Élie s’élève dans les airs, un nouveau Prophète s’élève »
No 43.Chœur final: « D’un jour pur et sans fin pour vous va briller la Sainte Aurore»
Résumé du livret
Partie 1
Prologue : Élie annonce le châtiment divin
L’oratorio s’ouvre sur la prophétie d’Élie d’une sécheresse et d’une famine, châtiments de Yahvé, le seul vrai Dieu, pour l’apostasie du peuple d’Israël qui vénère Baal.
Scène I : La famine, punition de Dieu pour l’apostasie des Israélites (nos 1, 2 et 5)
Le peuple se lamente : « La terre est embrasée! L’eau du fleuve est épuisée! L’enfant mourant de soif boit les pleurs maternels ! »
Abdias, chef de palais du roi Achab qui est cependant resté fidèle à Dieu, demande au peuple de se repentir et d’implorer la clémence de Dieu, en l’assurant que Dieu répond à celui qui le cherche d’un cœur sincère.
Le peuple répond : « Dieu reste sourd à nos cris, il nous délaisse. Sa main vengeresse sur nous s’abaisse. Car il a dit : “Je suis le Dieu jaloux qui maudit ; ma colère poursuit le mal commis par le père, jusque sur les fils de ses fils et sa race entière! Mais j’aime et bénis celui qu’un zèle saint conduit, qui me cherche et me suit, j’aime et bénis sa race entière.” »
Scène II : Dieu ressuscite le fils de la veuve (nos 7, 8 et 9)
Des anges assurent Élie que Dieu le protégera : « Va, pars et sois sans crainte, les anges te suivront. (…) De toute humaine atteinte, ils te préserveront. »
Alors qu’Élie séjourne chez une veuve, le fils de cette dernière meurt. Élie implore Yahvé, qui ressuscite l’enfant. La veuve dit à Élie : « En toi maintenant je vois l’Élu du Tout-Puissant ! Par ta bouche, sa parole touche et console ! Comment m’acquitter envers lui de tout le bien qu’il me fait aujourd’hui ? » Élie lui répond : « Consacre donc à ce dieu ton appui, ton cœur, ton âme. (…) Heureux celui qui toujours aime le Seigneur, qui le prie et qui le suit. »
Scène III: Le choc des dieux (nos 11 à 15 et 18)
Élie demande à Achab de rassembler le peuple sur le mont Carmel. Chaque camp monte un autel et y place un jeune taureau comme offrande. Dans ce duel entre Baal et Yahvé, le vrai Dieu manifestera sa puissance en envoyant la foudre pour allumer son autel. Les prêtres de Baal l’implorent en vain de mettre le feu à leur offrande : « Ô puissant Baal, viens confondre un Dieu rival. (…) Fais que le feu sur notre autel s’allume. » Élie se moque de leur échec : « Criez encore plus haut et plus fort ! Peut-être que, tandis qu’on l’implore, Dieu négligent, il dort. (…) Criez encore, il reste sourd ! » Les prophètes de Baal s’acharnent, mais en vain.
En réponse à l’invocation d’Élie, Dieu envoie la foudre pour allumer son autel et consumer l’offrande. Le peuple israélite reconnaît alors que Yahvé est le seul vrai dieu. Élie ordonne ensuite d’égorger les prophètes de Baal.
Scène IV : Dieu met fin à la sécheresse (no 20)
Puisque le peuple israélite a renoncé au culte de Baal, Dieu envoie la pluie. Le peuple lui rend grâce en clamant : « Gloire au Seigneur, suprême consolateur, divin bienfaiteur ! Les eaux bondissent par sa faveur et les sources jaillissent ! Les flots grossissent avec fureur. Les eaux bondissent ! Remplis dans leur profondeur, les fleuves mugissent. Pour louer Dieu Sauveur, nos voix s’unissent. Gloire au Seigneur dans sa grandeur, suprême consolateur, il est notre bienfaiteur ! »
Partie 2
Prologue : Ne tremble pas (nos 21 et 22)
Dieu incite le peuple israélite à lui obéir et à lui faire confiance : « Écoute, Israël, l’ordre que Dieu donne ! Lorsqu’il ordonne, suis les arrêts du ciel! (…) Je veillerai toujours sur toi. Pourquoi trembler devant ce roi ? » Voici sa promesse : « Le Seigneur dit : “Ne tremble pas, sur toi partout s’étend mon bras.” »
Scène I : La vengeance de Jézabel (no 24)
La reine Jézabel veut mettre Élie à mort, à la fois parce qu’il menace le roi Achab du châtiment de Dieu et parce qu’il a égorgé les prophètes de Baal. Le peuple crie : « Mort à lui », attribuant à Élie la responsabilité de ses malheurs.
Scène II : Dieu console Élie dans son moment de découragement (nos 26, 28, 29, 32, 34 et 37)
Sa tête étant mise à prix, Élie s’enfuit dans le désert. Découragé, il dit : « Ah, c’en est assez, Seigneur, retire-moi du monde. Vois ma douleur profonde. J’ai trop vécu, pour mon malheur ! » et il s’endort sous un genévrier, protégé par les anges. L’un d’eux l’éveille et lui ordonne de se rendre au mont Horeb. « Tourne-toi vers les hauts lieux, d’où ruisselle la source éternelle d’amour pieux. Une force nouvelle ranimera ton courage et ton zèle. (…) Dieu te protège, dors en paix. Lui ne dort jamais. »
Subitement, un ouragan souffle, la terre tremble, la mer se déchaîne et un feu fait rage. Mais Dieu n’est pas dans l’orage, ni dans le tremblement de terre, ni dans la mer déchaînée, ni dans le feu. Il est dans le murmure calme et doux qui les suit. « Pur et mystérieux, un saint accord résonne. »
Scène III : Élie transfiguré (nos 37 et 38)
Élie dit : « Les montagnes chancelleront. Dans les abîmes, leurs cimes s’écrouleront, avant que j’oublie le saint nœud qui me lie au Seigneur dont l’amour me protège. Sa bonté me secourt dans ma détresse. »
Élie monte alors au ciel dans un chariot de feu. Le peuple dit : « Il a brillé, cet homme cher au ciel, comme un phare que Dieu prépare pour qui s’égare. (…) Et lorsque Dieu ravit Élie à la terre, un char de feu, éclatant de lumière, l’emporta vers la sainte sphère au bruit du tonnerre ».
Épilogue : La venue du Messie (nos 40, 41 et 42)
Vient alors une promesse : « Or, tandis qu’Élie s’élève dans les airs, un nouveau prophète s’élève, il vient au nom du roi de l’univers. » C’est l’esprit de Dieu. « Venez, vous qui cherchez celui qui désaltère, venez à lui. Venez, vous qui cherchez celui qui sert d’appui, qui régénère. Il parle, il instruit, croyez en lui, que l’âme à sa voix espère. Venez, frère, venez à lui. »
Et l’oratorio se termine en louant le Seigneur : « D’un jour pur et sans fin pour vous va briller la sainte aurore. En vous l’amour divin vient d’éclore. Dieu rappelle dans son sein l’âme qui l’adore. Gloria Deo, Hosanna in excelsis, et laus in terra. Amen. »
@Janet Cleveland
Baal et Yahvé : la confrontation des dieux
Le prophète Élie aurait vécu vers 850 avant notre ère, pendant le règne d’Achab. À l’époque, les Israélites, fidèles de Yahvé, et les Cananéens, adorateurs de Baal, étaient des peuples voisins. Le mariage entre le roi israélite Achab et la reine cananéenne Jézabel marqua une période d’alliance entre les deux peuples qui favorisa la coexistence des cultes de Yahvé et de Baal.
Les livres des Rois, rédigés environ trois siècles après les évènements, réinterprètent les événements pour en faire le récit de l’apostasie d’Achab et du peuple israélite qui, sous l’influence de Jézabel, abandonnent le culte du seul vrai Dieu et se prosternent devant Baal. Le châtiment de Dieu, annoncé par son prophète Élie, est terrible, soit une sécheresse de trois ans qui entraîne une grande famine.
Afin de convaincre les Israélites qu’ils doivent renoncer au culte de Baal et accepter Yahvé comme leur seul dieu, Élie organise une confrontation épique avec les prophètes de Baal, racontée au chapitre 18 du Premier Livre des Rois :
Quand Achab vit Élie, il lui dit : « Est-ce bien toi, porte-malheur d’Israël ? » Élie répondit : « Ce n’est pas moi qui porte malheur à Israël ; c’est toi et la maison de ton père, parce que vous avez abandonné les commandements du Seigneur et que tu as suivi les Baals. Et maintenant, convoque et réunis tout Israël près de moi sur le mont Carmel, avec les quatre cent cinquante prophètes de Baal et les quatre cents prophètes d’Ashéra qui mangent à la table de Jézabel. »
Achab convoqua tout Israël et réunit les prophètes sur le mont Carmel. Élie se présenta devant la foule et dit : « Combien de temps allez-vous danser pour l’un et pour l’autre ? Si c’est le Seigneur qui est Dieu, suivez le Seigneur ; si c’est Baal, suivez Baal. » Et la foule ne répondit mot.
Élie continua : « Moi, je suis le seul qui reste des prophètes du Seigneur, tandis que les prophètes de Baal sont quatre cent cinquante. Amenez-nous deux jeunes taureaux ; qu’ils en choisissent un, qu’ils le dépècent et le placent sur le bûcher, mais qu’ils n’y mettent pas le feu. Moi, je préparerai l’autre taureau, je le placerai sur le bûcher, mais je n’y mettrai pas le feu. Vous invoquerez le nom de votre dieu, et moi, j’invoquerai le nom du Seigneur : le dieu qui répondra par le feu, c’est lui qui est Dieu. » La foule répondit : « C’est d’accord. »
Élie dit alors aux prophètes de Baal : « Choisissez votre taureau et commencez, car vous êtes les plus nombreux. Invoquez le nom de votre dieu, mais ne mettez pas le feu. » Ils prirent le taureau et le préparèrent, et ils invoquèrent le nom de Baal depuis le matin jusqu’au milieu du jour, en disant : « Ô Baal, réponds-nous ! » Mais il n’y eut ni voix ni réponse ; et ils dansaient devant l’autel qu’ils avaient dressé.
Au milieu du jour, Élie se moqua d’eux en disant : « Criez plus fort, puisque c’est un dieu : il a des soucis ou des affaires, ou bien il est en voyage ; il dort peut-être, mais il va se réveiller ! » Ils crièrent donc plus fort et, selon leur coutume, ils se tailladèrent jusqu’au sang avec des épées et des lances. Dans l’après-midi, ils se livrèrent à des transes prophétiques jusqu’à l’heure du sacrifice du soir, mais il n’y eut ni voix, ni réponse, ni le moindre signe.
Alors Élie dit à la foule : « Approchez. » Et toute la foule s’approcha de lui. Il releva l’autel du Seigneur, qui avait été démoli. Il prit douze pierres, selon le nombre des tribus des fils de Jacob à qui le Seigneur avait dit : « Ton nom sera Israël. » Avec ces pierres il érigea un autel au Seigneur. Il creusa autour de l’autel une rigole d’une capacité d’environ trente litres. Il disposa le bois, dépeça le taureau et le plaça sur le bûcher. Puis il dit : « Emplissez d’eau quatre cruches, et versez-les sur la victime et sur le bois. » Et l’on fit ainsi. Il dit : « Une deuxième fois ! » et l’on recommença. Il dit : « Une troisième fois ! » et l’on recommença encore. L’eau ruissela autour de l’autel, et la rigole elle-même fut remplie d’eau.
À l’heure du sacrifice du soir, Élie le prophète s’avança et dit : « Seigneur, Dieu d’Abraham, d’Isaac et d’Israël, on saura aujourd’hui que tu es Dieu en Israël, que je suis ton serviteur, et que j’ai accompli toutes ces choses sur ton ordre. Réponds-moi, Seigneur, réponds-moi, pour que tout ce peuple sache que c’est toi, Seigneur, qui es Dieu, et qui as retourné leur cœur ! » Alors le feu du Seigneur tomba, il dévora la victime et le bois, les pierres et la poussière, et l’eau qui était dans la rigole.
Tout le peuple en fut témoin ; les gens tombèrent face contre terre et dirent : « C’est le Seigneur qui est Dieu ! C’est le Seigneur qui est Dieu ! » Élie leur dit alors : « Saisissez les prophètes de Baal : que pas un seul ne s’échappe ! » Ils les saisirent. Élie les fit descendre au ravin du Qishone, et là il les égorgea.
(…) Peu à peu, le ciel s’obscurcit de nuages, poussés par le vent, et il tomba une grosse pluie.
Mendelssohn: Elias, Op. 70, MWV A25, Pt.1: Hilf, Herr! Willst du uns denn gar vertilgen? and Pt. 1: Herr, höre unser Gebet (Live) ℗ 2016 Accentus Music
Orchestra: Akademie für Alte Musik Berlin
Conductor: Hans-Christoph Rademann
Choir: RIAS Kammerchor
Élie: la vision de Mendelssohn
Extraits des notes de programme de Roman Hinke (2016) (ELIAS ACC30356 @ 2016 Accentus Music GmbH) – Traduction : Maria Smaczny- Gonnot
Elias est un imposant drame à personnages. Les textes, tirés du Livre des Rois de l’Ancien Testament, reliés plus par juxtaposition des séquences que par une homogénéité de l’intrigue, servent surtout à présenter les conflits existentiels, dévoilant ainsi ce personnage héroïque de gardien de la foi comme le jouet d’un destin mouvementé. Du moins, aux yeux de Mendelssohn, Elie apparaît comme un tragédien mu par des forces extérieures contradictoires auxquelles il est confronté et comme un prophète en crise. Tantôt thaumaturge sage, qui, avec l’aide de Dieu, redonne vie à un petit garçon qui vient de mourir, tantôt fondamentaliste acharné et combattant passionné, voire cruel au nom de Jéhovah, qui s’oppose au culte païen de Baal du roi Achab et qui fait exécuter avec une détermination fanatique les idolâtres de ce dernier. Plus tard dans l’oratorio, il se résigne à être un annonciateur sans annonce, s’effrayant lui-même, saisi par le doute et livré à la solitude. A la fin, ayant repris des forces, c’est un disciple animé d’une foi nouvelle et authentique et précurseur enthousiaste du Messie. « En fait, j’avais imaginé Elie comme un véritable prophète, entièrement dévoué à sa cause : prophète qu’il nous faudrait à nouveau aujourd’hui » , écrit Mendelssohn à Julius Schubring (pasteur de Dessau qui le conseillait pour l’arrangement des textes), « fort et zélé, méchant, coléreux et sombre aussi certainement, tout le contraire des crapules de la cour et de la racaille populaire, opposé presque au monde entier, et pour tant comme soutenu par des ailes d’ange » .
C’est fabuleux de voir comment Mendelssohn traduit en langage musical les changements d’attitude fondamentaux, parfois difficiles à comprendre, de son personnage. De même, Il est frappant de constater avec quelle audace et avec quel sens de la synthèse il construit la courbe de température dramatique de chaque scène. […] Dans Elias, tableau après tableau, il enfreint fréquemment les règles mêmes de la trame épique : par exemple, dans la scène de la dispute des dieux sur la montagne du Carmel , Mendelssohn fait se télescoper les plates formules incantatoires des serviteurs de Baal et la prière intime d’Elias, avec un fracas quelque peu caricatural et dans un puissant langage musical , soulignant ainsi le conflit entre Dieu et l’épouvantail, entre la vraie foi et la fausse. […]
Les psychogrammes musicaux de la deuxième partie, dans lesquels Mendelssohn exprime ce processus douloureux de quête d’identité, sont au cœur même de l’oratorio. On entend des instantanés bouleversants de quête de soi, des portraits intimes d’une subtilité et d’une finesse remarquables, plus émouvants encore que la description haute en couleurs de l’apparition divine sur le mont Horeb qui apporte une rédemption totale. S’ensuit alors, avec une mise en œuvre de toutes les techniques dont dispose le compositeur, le message christologique du salut de la dernière partie. En ce qui concerne le sujet de l’oratorio, ce message est un élément étranger, non conforme au texte biblique, mais qui est d’autant plus convaincant par l’impact produit et sa fonction musicale. Même si cette perspective, ouvrant à la fin de l’œuvre sur le Nouveau Testament et sur la promesse des Evangiles (ce qui pose problème d’un point de vue théologique), correspondait surtout au dessein de Schubring (comme l’attestent en effet plusieurs pas sages de sa correspondance), on peut tout de même présumer que cette perspective ait été en phase avec les idées et l’idéal de Mendelssohn. Un idéal qui prônait différentes cultures théologiques reliées les unes aux autres et qui se font écho. Et cela va même plus loin : d’une certaine façon, la fin d’Elias reflète la situation concrète de la foi d’un artiste qui, juif de naissance, mais baptisé et élevé dans la religion protestante, avait su accéder à une pensée libre qui force l’admiration.